
Il y a quelque temps je suis allé photographier, pour des raisons quelque peu obscures mais indubitablement teintées de mélancolie, la cour intérieure de mon ancien lycée. Ce fait, j’en conviens, ne mériterait pas d’être mentionné s’il n’avait pris les dimensions d’une activité quasi obsessionnelle. Car, il ne fut pas question d’un acte contingent et isolé, d’une seule et simple photo-souvenir, il s’agissait d’obtenir une série d’images, élaborée selon une procédure très précise, un protocole. À croire qu’ il n’est contre les mouvements imprévisibles d’un cœur passionné qu’un remède sûr : la stricte observance d’une méthode. Cette période durant laquelle je me rendais jour après jour au même endroit, à une heure précise, pour inscrire sur ma pellicule les images d’instants quelconques me revient désormais dans un mélange de mémoire et d’oubli.